mercredi, 21 octobre 2009
Noirceur

« Perseverare diabolicum »
~
Il faisait nuit. Une nuit froide à faire grincer les dents. Les arbres tordaient leurs membres décharnés vers le velours sombre du firmament, frêle étoffe déchirée par ces cailloux que les Anciens nommaient ‘étoiles’. Le vent sifflait sa complainte si fort que chacun pouvait l’ouïr bien au chaud en son logis.
Dans le cabinet de travail de Petite Scheharazade, un lumignon tremblotait ; la chandelle usagée avait laissé des gouttes de cire perler sur le bois ciré du bonheur-du-jour. Encore quelques heures et elle s’éteindrait définitivement. Mais le Demoiselle n’en avait cure. Pour le moment, son esprit vagabondait hors de ces murs, dansait la sarabande avec quelques souvenirs hauts en couleurs.

Sa rêverie était peuplée de créatures de métal qui paradaient dans un palais de lointain, en martelant le marbre de leurs brodequins de fer, en faisant cliqueter leur épée. Le soleil entrait à flots, inondant les longs corridors bigarrés, sautillant sur les casques étincelants. Il suffisait de cligner des paupières pour que cesse la parade des preux, qui s’immobilisaient comme par enchantement.
Sa rêverie l’emmenait alors sur des marchés colorés où des figues à la chair pourpre reposaient lascivement aux côtés de pâtisseries mordorées, où des éventails de dentelle noire suspendus se balançaient, semblables à des ailes de corbeau. Les clameurs se mêlaient aux odeurs de pain et d’épices.
Les brumes de sa rêverie s’effacèrent peu à peu.
La chandelle s’était éteinte. Seule brillait dans le noir une petite croix d’argent.
07:00 Publié dans En carrosse, à dos d'éléphant | Lien permanent | Commentaires (20) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : croix, malte, dentelle, chevaliers, palais du grand-maître
mercredi, 13 mai 2009
"Charivari"

« Tous les ans, nous fêtons cet évènement,
Tous les ans, Paris est en chambardement.
Les manants sont Rois, les Rois sont clowns et rient,
Dans Paris, c'est Grand Charivari. »
[Clopin]
~
Las d’être cloîtrée dans sa haute Tour d’ivoire où les faibles rayons du char d’Hélios entraient à grand peine, Petite Scheharazade délaissa son écritoire, ses plumes et ses ouvrages pour quelques jours.
Dans sa malle de voyages la jouvencelle jeta diverses toilettes et falbalas, quelques joyaux sans omettre lotions et onguents. Pour le voyage Petite Scheharazade revêtit une culotte courte en drap de laine noire ornée de gros boutons de cuivre sur des bas ivoires. Un corsage blanc aux longues manches vaporeuses resserrées aux poignets couvrait sa gorge laiteuse. A ses pieds nulle botte de sept lieux mais de simples pantoufles blanches. La Demoiselle posa sur ses épaules une veste de velours noir. Petite Scheharazade jeta un coup d’œil à sa montre de gousset : il était temps de prendre la poudre d’escampette.
Petite Scheharazade n’eut que le temps de cligner des yeux : elle était déjà parvenue à destination. Parfait.
Autour d’elle les façades des maisons étaient ornées de fanions pourpre et or. Le pavé – luisant de flaques d’eau – étaient couverts de paille. On pouvait humer un curieux parfum ; mélange de pâtisseries, de miel, d’épices, de viandes fumées et de crottin. On pouvait ouïr un brouhaha fait de chants, de clameurs, de trompettes, de tambourins et de hennissements. Parfait. Elle était bien arrivée en plein cœur du Moyen Âge.

Après s’être rafraîchie Petite Scheharazade retrouva Dame Gertrude, sa compagne de débauche.
Les deux damoiselles laissèrent leurs pas les guider vers le cœur vibrant de la Cité. Des marchands et des camelots y avaient installé leurs modestes étalages. Celui-là proposait des pèlerines de laine, cet autre des brodequins de cuir, celui-ci des parures étincelantes ou encore des tapisseries. Les étals de galettes et de gâteaux croustillants côtoyaient heaumes, écus et épées étincelants. Des quidams ripaillaient allégrement sur des tréteaux vermoulus, tandis que des damoiseaux s’exerçaient à la joute.
Petite Scheharazade & Dame Gertrude se laissèrent étourdir par tout ce festoiement et se délectèrent d’une opulente gaufre chocolatée. A côté d’elles, des troubadours divertissaient la populace.
A Vêpres, il fut grand temps de rentrer au logis : il y avait une nuit de Sabbat à préparer.
07:00 Publié dans En carrosse, à dos d'éléphant | Lien permanent | Commentaires (33) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : moyen âge, fêtes médiévales, grimoire, plumes, écritoire, tour, gâteau, chevalier
vendredi, 06 février 2009
Aventures en Champagne : Chapitre III (fin)
« Les rues cependant devenaient à tout moment plus noires et plus désertes. Le couvre-feu était sonné depuis longtemps, et l’on commençait à ne plus rencontrer qu’à de rares intervalles un passant sur le pavé, une lumière aux fenêtres. Gringoire s’était engagé, à la suite de l’égyptienne, dans ce dédale inextricable de ruelles, de carrefours et de culs-de-sac, […] qui ressemble à un écheveau de fil brouillé par un chat. – Voilà des rues qui ont bien peu de logique ! disait Gringoire, perdu dans ces mille circuits qui revenaient sans cesse sur eux-mêmes. »
[Notre-Dame de Paris, Hugo]
~
Dans ce Pays ci la neige n’était point encore tombée. Hélas. Mais cela n’empêchait point quelques frasques dans les rues.
La cité était une belle endormie : nul attelage ne caracolait, aucun cheval ne piaffait dans les rues, aucun badaud ne martelait le pavé. Les maisons de pierre et de bois partaient fièrement à la conquête du ciel, se disputant le privilège d’atteindre la lune en premier. Les gargouilles des façades faisaient des concours de grimaces. Les vitraux tentaient de capturer le moindre petit rayon de soleil et lorsqu’ils y parvenaient ils le torturaient pour faire éclater leurs couleurs.
Petite Scheharazade s’enveloppa dans son manteau de Reine des Neiges et enfila ses bottines Belle-Epoque. Accompagnée de sa Mère-grand la damoiselle sortit battre le pavé glacé. C’était un temps idéal pour partir en chasse des spectres du passé !
07:00 Publié dans En carrosse, à dos d'éléphant | Lien permanent | Commentaires (19) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : troyes, cité médiéval, rues pavées, spectres, fantômes
jeudi, 04 décembre 2008
Un Monde de Bois
« ‘You’re nothing but a pack of cards!’
At this the whole pack rose up into the air, and came flying down upon air: she gave a little scream, half of fright and half of anger, and tried to beat them off. »
[Alice’s Adventures in Wonderland, Lewis Carroll]
~
Un vent étrange soufflait sur la ville morne et froide.
Les grands arbres dénudés voyaient leurs membres décharnés se couvrir de mille & une lumières scintillantes. Les façades des demeures se paraient de longs serpents lumineux. Les villageois scrutaient le ciel à la recherche de quelques flocons.
Un vent étrange soufflait dans les rues, sur les pavés.
Les échoppes, les boutiques et les demeures étaient envahies de créatures fabuleuses. Des créatures grimaçantes, extraordinaires, parfois menaçantes. C’était des automates, des poupées, des androïdes. Les jouets prenaient vie, ils semblaient sortir d’un long et profond sommeil. Une mélopée ensorcelante ondoyait dans les airs. Des foules hystériques se pressaient autour d’eux. Un charme maléfique envoûtait les téméraires qui osaient s’en approcher.
C’était le Pays du Bois et des Mécanismes qui prenait possession de la ville morne et froide.
07:00 Publié dans En carrosse, à dos d'éléphant | Lien permanent | Commentaires (32) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : vitrines noël, haussmann, la fayette, printemps, poupées, automates, alice in wonderland
lundi, 06 octobre 2008
Riz, chirashi & fanfreluches
« Bonjour, ma bonne amie, je suis charmée de pouvoir passer l’après-midi avec vous : on m’a dit que vous aviez reçu de Paris la plus jolie poupée du monde ; ah ! que nous allons nous divertir. »
[Le Magasin des Enfans, Madame le Prince de Beaumont]
~
Il faisait froid. Dans ses appartements Petite Scheharazade se délectait à l’avance de cette journée : une flânerie entre amie dans l’immense métropole.
La demoiselle passa dans le boudoir, enfila une toilette ébène d’un fin lainage britannique, brossa sa chevelure couleur châtaigne, glissa ses pieds dans ses souliers rose poudré. Puis la Princesse s’enveloppa dans son long manteau de poupée et empoigna son sac de la fée Vivienne.
Plus tard, Petite Scheharazade retrouva Dame Sàya devant l’imposante porte du Bon Marché. La damoiselle était ravissante avec son élégante jupe crème, ses ballerines vernies et son sac orné de dentelle. Les deux princesses pénétrèrent en papotant dans le temple de Monsieur Boucicaut. Leurs pas les amenèrent au rayon des onguents, baumes & parfums. Sous un lustre de cristal qui scintillait, Petite Scheharazade fit ses emplettes. Les damoiselles se rendirent ensuite admirer les colifichets et autres merveilles de la fée Vivienne Westwood.
Les galeries de ce Temple étaient fort longues et labyrinthiques, Petite Scheharazade & Dame Sàya s’égarèrent dans ce dédale. Finalement les délices de la Grande Epicerie les accueillirent avec mille et une saveurs, couleurs et odeurs. Les deux princesses résistèrent à la tentation des petites musardises qui dansaient devant leurs prunelles et s’enfuirent vite de ce temple de la tentation gourmande.
Un monstre de fer déposa Petite Scheharazade & Dame Sàya devant la porte d’une auberge nippone, le repaire gastronomique favori de la Princesse.
Poser un pied dans cet antre c’est pénétrer dans un monde enchanté : des cerisiers fleuris se dressent près des tables acajou ; une fontaine murmure un doux chant tandis que des carpes paradent dans un petit bassin ; des sumotori s’esclaffent sur les murs et des geisha gambadent sur leur geta. Les damoiselles s’installèrent confortablement dans ce petit havre de paix. Pour célébrer leurs retrouvailles, elles dégustèrent un breuvage rose sucré alors que la serveuse nippone s’extasiait devant le sac de Petite Scheharazade.
Bientôt la table des princesses se couvrit de bols de porcelaine, de baguettes de bambou, de vinaigre de riz, de wasabi et de pétales de gingembre. Les mets défilèrent ensuite, à la plus grande satisfaction des papilles princières ; de la soupe miso fumante, deux plats de chirashi -de délicats sashimi et quelques crudités sur un opulent lit de riz vinaigré - et du chou chinois. Ces mets raffinés firent le bonheur de deux estomacs affamés.
L’après-midi des deux damoiselles se termina dans une mystérieuse échoppe d’ouvrages ésotériques. Dans la lumière tamisée, Petite Scheharazade & Dame Sàya parcoururent les rayonnages de bois où s’entassaient les livres sur les fées, les sorcières ou les sirènes.
Le temps était venu de se quitter et de reprendre chacune un carrosse pour rejoindre son palais.
07:00 Publié dans En carrosse, à dos d'éléphant | Lien permanent | Commentaires (44) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : bon marché, princesses, restaurant japonais, soupe miso, chirashi, riz, wasabi
mercredi, 03 septembre 2008
"La rêverie vagabonde est nécessaire à une bonne hygiène de vie"
« La propreté est l’image de la netteté de l’âme »
[Montesquieu]
~
Il y a quelques jours, le seigneur Lancelot du Lac avait invité Petite Scheharazade en son auguste demeure de Chamerolles.
La Princesse revêtit ses plus beaux atours, glissa le sac de la Fée Vivienne à son bras et monta en carrosse. Le château ivoire se dressait dans son écrin de verdure, ceinturé par ses douves où nageaient d’énormes poissons aux longues moustaches. Le maître de céans emmena la Princesse découvrir les luxueux appartements de ce château merveilleux. Les souliers de Petite Scheharazade glissaient avec délicatesse sur le parquet ébène tandis qu’elle traversait les âges ; le cabinet de curiosités du Grand Siècle l’émerveilla ; le boudoir du XVIIIe siècle et sa coiffeuse similaire à celle de Madame de Pompadour l’enchanta ; l’atmosphère sombre et chaleureuse des appartements médiévaux et ses vanités l’intéressèrent.
La Princesse apprécia particulièrement les galeries réservées aux fards, aux fioles et aux parfums. L’alcôve nippone enchanta ses yeux. Des éventails de soie déployaient leurs ailes colorées sur les tentures, les masques de No lançaient des sourires énigmatiques, des netsukes d’ivoire dansaient dans les vitrines tandis que des fleurs de cerisiers ornaient les coffrets de laque.
Derrière un paravent se dissimulait un bac en bois, un kimono soyeux et des socques, tous les éléments parfaits pour le furo. Petite Scheharazade sortit sa plume favorite et un morceau de parchemin et nota la formule magique du furo :
‘Dans un bassin, verser de l’eau à trente-huit degrés,
Lorsque Dame Hiver est là,
Y plonger un citron yuzu et un pamplemousse coupés.
Lorsque Demoiselle Printemps revient,
Y jeter une poignée de poudre de racine d’iris et quelques fleurs de cerisier nippon.’
Petite Scheharazade se promit de se mettre en quête de fleurs d’iris dès qu’elle regagnerait son boudoir …
07:00 Publié dans En carrosse, à dos d'éléphant | Lien permanent | Commentaires (22) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : chamerolles, châteaux, parfums, bain, furo, bain japonais, fioles
samedi, 02 août 2008
" Le Train Bleu " Part III
« Le luxe est le pain de ceux qui vivent de brioche. »
[André Suarès]
~
Chapitre III : Le luxe
Pour Petite Scheharazade & ses acolytes, les orgies de plage ne sont pas tout. Cannes, c’est aussi synonyme de luxe et volupté.
Le soir venu, les jeunes gens rangeaient huile solaire, maillots de bain et nu-pieds et sortaient toilettes glamour, lunettes de soleil, adorables souliers et petits sacs. Les demoiselles s’installaient dans le cabriolet gris, tandis que leur chauffeur se glissait derrière le volant. Et c’est les vitres ouvertes pour laisser passer la brise marine, la musique hurlant et les cheveux flottant au vent que les jeunes gens partaient s’encanailler sur la croisette.
La croisette, une porte vers le monde du luxe et du rêve. Et pour preuve.
Quel luxe suprême que de défiler à minuit sur la croisette sous les spots colorés, le long des plages privées.
Quel luxe suprême que d’aller admirer les yachts amarrés là et se demander lequel serait parfait pour une croisière.
Quel luxe suprême que de déguster à minuit, sur la croisette, sous les palmiers, un magnum à la noix de coco.
Quel luxe suprême que de choisir quelle toilette de bal siérait à une Princesse telle que soi. Alors, une robe Dior couleur firmament ou bien un fourreau Yves Saint Laurent pourpre ? Dilemme cornélien.
Et c’est grisée au Champagne, la tête pleine d’étoiles que Petite Scheharazade s’endormit pour sa dernière nuit à Cannes. Le lendemain, elle se réveilla dans son palais où le quotidien semblait ne point l’avoir oubliée. La Princesse avait-elle rêvé cette belle escapade au Pays des parfums, de la mer et du soleil ?
Seuls souvenirs tangibles prouvant à Petite Scheharazade que cette folle équipée ne fut point un songe : quelques grains de sable s’échappant de son sac et … une facture salée.
Mais c’était Cannes.
[Fin]
07:00 Publié dans En carrosse, à dos d'éléphant | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : cannes, croisette, luxe, yachts, magnum, noix de coco, dior
mercredi, 30 juillet 2008
" Le Train Bleu " Part II
« L’intention des parfums est de produire un effet enivrant et séduisant. »
[Patrick Süskind, Le Parfum]
~
Chapitre II : Au pays des parfums
Cannes enfin. Petite Scheharazade semblait revivre. La brise chaude qui soufflait apportait un parfum de sable et de sel. La Princesse était prête pour un weekend snob.
Sur le quai l’attendaient deux de ses amis. Tous ces jeunes gens grimpèrent dans le cabriolet gris qui stationnait non loin de là. Le weekend pouvait commencer.
C’est avec la chevelure flottant au vent, les lunettes noires sur les yeux et la musique la plus bruyante possible, que la joyeuse bande filait à toute allure dans les rues de Cannes. Différents arômes se bousculaient et tourbillonnaient dans le vent, s’emmêlant dans les narines des passagers avant de s’évanouir brusquement. Il y avait là de doux effluves sucrés qui rappelaient les gaufres et les crêpes ; la fragrance de la vanille se mêlait à l’odeur piquante de la mer tandis que le soleil luisait sur le pare-brise.
Arrivés au logis, les jeunes gens entrèrent avec éclats de rire et plaisanteries sous les yeux médusés des voisins. Petite Scheharazade déposa son sac, dégusta un petit déjeuner sucré au parfum de pomme et d’ananas, le tout arrosé de thé puis fit de rapides ablutions. Enfin, c’est parée de blanc et d’azur qu’elle suivit la joyeuse petite bande qui remontait déjà en voiture.
La petite voiture bondissait sur les petites routes du sud où l’odeur de la lavande la disputait à celle du goudron. Peu après, Petite Scheharazade et les trois joyeux drilles s’arrêtèrent dans la ville qui avait vu naître le talentueux Jean-Honoré Fragonard (Frago pour les intimes) : Grasse.
Les quatre compères s’immiscèrent dans le groupe qui débutait la visite d’une célèbre parfumerie. Même si la Princesse connaissait déjà les arcanes et les secrets des ateliers Fragonard, elle redécouvrit avec délices les étapes de cette curieuse alchimie qui métamorphose de simples fleurs de jasmin en divin et coûteux élixir. L’air lourd était chargé de multiples effluves, jasmin, roses de mai, verveine et fleurs d’oranger macéraient dans l’alcool, tandis que des savons multicolores en forme d’œuf ne cessaient de croître et de remplir de petits coffrets de cartons. Alambiques de cuivre, concrètes, absolues, nez, orgue à parfums, tout semblait se mélanger pour aboutir au résultat final ; quelques gouttes d’un précieux nectar digne des dieux.
A l’heure du déjeuner, ce fut les papilles qui se régalèrent avec un déjeuner gastronomique sur l’herbe, sous un ciel bleu et un soleil ardent au milieu de nulle part. Tandis que les verres se remplissaient de vin de Champagne, les assiettes se garnissaient de melons savoureux, d’exquise terrine d’aubergines, de comté parfumé et délicieusement piquant, de délectable tartes aux fraises et de délicieuses tartes aux pommes. Le festin fini, les jeunes gens rejoignirent le bolide gris direction Cannes et la plage.
[A suivre]
07:00 Publié dans En carrosse, à dos d'éléphant | Lien permanent | Commentaires (17) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : grasse, fragonard, parfums, parfumeries, effluves, cannes, mer
lundi, 28 juillet 2008
"Le Train Bleu"
« Ce train de luxe où ne se côtoient que des gens aux comptes en banque bien fournis, et qui fuient les brumes anglaises pour le soleil de la Côte d’Azur. »
[Agatha Christie, Le Train Bleu]
~
Il était une fois une Petite Scheharazade qui avait réussi à obtenir deux jours de liberté. Loin de la boutique, loin des harpies vociférantes, loin des exigences de Madame la Responsable. Et lorsqu’une Demoiselle de qualité est (enfin) libre, elle s’envole bien vite au Pays du soleil, des palmiers et de la mer, là où les yachts font des concours d’extravagance, là où les casinos fleurissent comme des roses. Bref, elle s’évade vers la Côte d’Azur.
Chapitre I : Le Train Bleu
Amoureuse de la Côte d’Azur depuis ses six printemps, Petite Scheharazade marchait sur un petit nuage lorsqu’elle sut qu’elle descendrait au soleil pour deux jours exquis. Délaissant son Tapis Volant – qui préférait mille fois mieux rester dormir au Palais – la Princesse jeta son dévolu sur le Train Bleu, train mythique adopté par le grand Hercule lui-même. Le plus difficile fut de composer son sac de voyage. Quels effets emporter ? Deux jours c’est court, mais en même temps il ne fallait rien omettre. Tudieu ! Cela demande moult réflexion. Dans son grand sac, Petite Scheharazade jeta bikini rose et noir, corsages blanc, pantalon et short vichy, nu-pieds rose bonbon, jupon blanc, lunettes de soleil savon à la rose de Grasse, shampoing au henné pour embellir sa chevelure de sirène, crème parfumée et solaire pour protéger sa peau laiteuse, colliers en bois et en turquoise, lunettes de soleil pour rester incognito, et moult autres effets.
Le soir venu, Petite Scheharazade s’enfuyait rapidement de l’échoppe, un lourd sac en bandoulière en direction de la gare. Là, munie de son précieux sésame elle attendit que le Train Bleu arrive à quai. De longues minutes s’écoulèrent quand – enfin – Petite Scheharazade put pénétrer dans la voiture réservée à son attention. La Demoiselle déposa ses effets et s’installa aussi confortablement qu’elle le pouvait dans son fauteuil, ouvrit un ouvrage britannique tout en se laissant bercer par la musique.
Après les injonctions du chef de gare, le Train Bleu s’ébranla et quitta la gare dans un fracas métallique. Petite Scheharazade en profita pour observer ses compagnons de voyage. Il y avait là trois voyageuses nippones tout en pépiements et rires ; un couple d’âge moyen dont la femme souhaitait déjà changer de place ; une femme à l’allure insolite qui semblait familière de ce genre de voyage ; quelques jeunes gens négligés ; et d’autres personnes. Laquelle d’entre elles pouvait-elle dissimuler de noirs desseins ? Laquelle pouvait-elle être une victime ?
La nuit promettait d’être fort longue. Les paupières de Petite Scheharazade se fermèrent toute seule et elle se laissa glissa dans un sommeil sans songe, bercée par les cahots du train.
Soudain, à minuit le Train bleu stoppa net au milieu de nulle part. Les sens plus ou moins en éveil, Petite Scheharazade ouvrit les yeux. La voiture baignait dans une lumière glauque, les passagers étaient assoupis sur leur siège. Quelqu’un avait-il tiré le signal d’alarme ? Un meurtre avait-il eu lieu ? Hercule Poirot et ses petites cellules grises allaient-il surgir pour nous faire avouer nos turpitudes et nos secrets ?
Hélas, point de tout ceci. Le Train Bleu s’ébranla de nouveau pour continuer sa course dans la nuit noire. Petite Scheharazade tenta de se rendormir, les membres engourdis de froid. Dans la clepsydre, l’eau semblait s’écouler lentement comme si le temps semblait s’allongeait. Le sommeil de la Princesse était peuplé d’ombres et de soupirs, entrecoupé de réveils et de somnolence.
Lorsque le jour commença à poindre à l’horizon, Petite Scheharazade ouvrit définitivement ses prunelles, se recoiffa et découvrit avec délice le paysage qui défilait ; le soleil qui miroitait dans une mer azur, des palmiers verdoyant et un habitat ocre.
Enfin, le Train Bleu ralentit, entra en gare, déversa son flot de voyageurs sur le quai. Parmi eux se trouvait Petite Scheharazade. La Demoiselle ramassa son sac et leva les yeux. Le nom de la gare scintillait devant elle. Il tenait en un seul mot : Cannes.
[À suivre]
07:00 Publié dans En carrosse, à dos d'éléphant | Lien permanent | Commentaires (20) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : train bleu, agatha christie, hercule poirot, voyage, cannes, côte d'azur, mer
mercredi, 28 mai 2008
" Hawaiian Roller Coaster Ride "
« Le Roi et la Reine étant allés à une de leurs Maisons de plaisance, il arriva que la jeune Princesse courant un jour dans le Château, et montant de chambre en chambre, alla jusqu'au haut d'un donjon dans un petit galetas. »
[La Belle au Bois dormant, Charles Perrault]
~
Par un dimanche mi figue mi raisin, tandis que l’astre solaire jouait à cache-cache avec les nuages, Petite Scheharazade se glissa hors de son boudoir. Elle se retrouva dans l’étroit petit escalier de bois qui menait au Grenier. Sombre, petit, presque étouffant, il présentait un semi-désordre anarchique.
Là, au cœur d’un vieux panier était blotti une relique d’enfance : une paire de roller. Eraflée, elle était cependant auréolée d’une lumière particulière : celle de sa gloire passée. Aussitôt la Princesse s’en empara, y glissa ses pieds : la taille était parfaite. Vite, elle attrapa un petit sac et quitta le palais suivre la route de briques rouges.
Nul besoin de porter une toilette de bal ; un pantalon ancien à la Indiana Jones et un petit corsage rose poudré suffit.
Les hésitations du début s’estompèrent rapidement et Petite Scheharazade glissa avec allégresse dans la campagne environnante, retrouvant des joies depuis longtemps oubliées.
Et c'est l'occasion de faire de plaisantes rencontres, attention toutefois au Loup qui pourrait surgir du bois ...
Lasse enfin, elle rentra au palais déguster encore une fois un petit thé brûlant.
07:00 Publié dans En carrosse, à dos d'éléphant | Lien permanent | Commentaires (12) | Trackbacks (0) | Envoyer cette note | Tags : card captor sakura, rollers, grenier, balade.
















