jeudi, 13 mars 2008

Merci, mais non merci.

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Il était une fois une Petite Scheharazade fort pressée de se rendre au Temple du Savoir. Sa besace noire de sorcière voltigeant à son épaule, elle courait, le vent jouant malicieusement avec sa chevelure. Tudieu, pensa la demoiselle, je vais encore arriver toute  échevelée ! Ma foi tant pis. Si seulement je n’avais point chaussé des talons. Vite, vite, vite, toujours plus vite, Petite Scheharazade gravit les marches qui mènent au quai. Le monstre d’acier rugit. Il est prêt à partir.

Petite Scheharazade réussit tant bien que mal à s’engouffrer à l’intérieur de la bête. Il était temps. Le ventre de la bête se referme derrière elle dans un claquement sec.

 

Les joues en feu, Petite Scheharazade s’effondre s’assit avec grâce sur la banquette brune. Les premières notes de Part of Your World résonnent à ses oreilles, la Princesse ouvre sa besace et délicatement en retire son exemplaire de Drame en trois actes. Le court voyage s’annonce plaisant.

 

Or, [et c’est là que l’élément perturbateur entre en scène sinon ce ne serait point drôle !] un mouvement vif fait soudain lever les yeux de Petite Scheharazade. Intriguée, la demoiselle voit un individu plus tout jeune gesticuler devant elle, tel un pantin désarticulé. De sa bouche grimaçante ne sort nul son. Perplexe, la Princesse perce sa bulle musicale pour tenter de comprendre les raisons de cet étrange comportement. Ô miracle ! Le sieur parle !

 

« Auriez-vous un stylo mademoiselle ?

-         Oui, attendez voir … (la semaine dernière un mouchoir, aujourd’hui un stylo. Que va-t-il encore m’arriver ??)

-         Je vous ai attendue sur le quai !

-         … ? ([froncement de sourcils de la Princesse]

-         Vous auriez pu me remercier au moins !

-         Euh … [regard de biche traquée] (mais bigre, de quoi me parle-t-il ?) La Princesse jette un discret coup d’œil à droite et à gauche, mais hélas … aucun preux chevalier à la rescousse !

-         Mais oui, je suis le conducteur du train.  Je vous ai attendue tout à l’heure lorsque vous courriez. Vous auriez pu me remercier au moins !

-         Ah … c’est à dire que …

-         Vous auriez pu quand même me remercier !

-         Merci de m’avoir attendue. Mais bon, je ne vous avez point vu, j’étais bien plus préoccupée par le départ imminent du monstre d’acier (pour me soucier de tout ce qu’il y avait autour). Merci quand même. »

 

Le sieur semble se radoucir. Il sourit.

 

-         « Ce n’est pas grave dans ce cas. Voulez-vous peut-être visiter la cabine des commandes ?        

-         Euh … merci, mais non merci. »

 

Sourire éblouissant de Petite Scheharazade. Rideau.