lundi, 30 juin 2008
"Schrei"
Petite Scheharazade est de retour dans son palais après plusieurs jours de labeur. Elle a défait ses malles et ses paniers, rangé son jupon neige, ses souliers de fée et ses rubans rose bonbon. La vie d’artiste est terminée. Mais l’heure n’est point encore venue de la conter.
Un tablier est à peine rendu qu’un second est aussitôt noué : en temps de guerre, la boutique a besoin de toutes ses Petites Mains.
Car c’est la guerre. L’échoppe est un champ de bataille dévasté- les étagères sont chancelantes, les portants sont bousculés - ; point de bataillons de soudards armés mais des hordes de harpies vociférantes ; les butins se composent de soie, de dentelle et autres colifichets. Là où il y avait ordre, harmonie et beauté se trouvent désormais confusion, chaos et désordre.
« Mais c’est une révolte ?
- Non Madame. Ce sont les soldes. »
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vendredi, 06 juin 2008
" Poor Thing "
« Ne vous mêlez pas des affaires des magiciens, car ils sont subtils et prompts à la colère. »
[Le Seigneur des anneaux, J. R. R. Tolkien]
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Scrogneugneu. La soirée s’annonçait belle pour une fois : point de travail à la boutique en ce vendredi soir, ce qui n’était point arrivé depuis fort longtemps. Petite Scheharazade avait tout prévu pour une soirée débauche cocooning au creux de sa méridienne - des coussins mœlleux, une couverture toute douce, des candélabres scintillants –, la bouche ravit par du saumon fumé, des pommes, des oranges et du thé. Les prunelles hypnotisées par les danses macabres des patients du Docteur Bones, ses crânes grimaçants et ses ossements fascinants, sans oublier les fabuleuses parures et le magnifique bureau de l’héroïne.
Scrogneugneu. Mais voilà. Madame la Gérante-de-la-boutique y est allée de son grain de poivre. Elle a ainsi décidé d’orchestrer un concile obligatoire réunissant toutes les demoiselles de l’échoppe. Voilà donc Petite Scheharazade conviée contrainte, en ce vendredi soir, d’aller écouter remontrances, idées ou questions dans une minuscule et étouffante réserve, tout en grignotant un morceau de pomme assise par terre.
Scrogneugneu. Mais où est passée la bouteille d’arsenic ??
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vendredi, 23 mai 2008
" My Cloud "
« La sorcière l'enferma dans une tour qui se dressait, sans escalier ni porte, au milieu d'une forêt ».
[Raiponce, Grimm]
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Non, la chevelure de la Princesse n’a point poussé démesurément.
Non, Petite Scheharazade n’a pas dérobé de raiponces dans le jardin d’une hideuse sorcière.
Non, la Princesse n’est point tombée dans un profond sommeil enchanté ou sous la coupe de quelques autres maléfices.
Petite Scheharazade est tout simplement enfermée dans sa Tour, au milieu de ses grimoires et de ses manuscrits, avec pour compagnons ses plumes, le chuchotement des fantômes du passé et le bruissement des toilettes royales.
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samedi, 26 avril 2008
"Ooh de Lally !"
Comme pourrait le dire une héroïne de manga : « gniiiii !!!! »
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Souvenez-vous, Petite Scheharazade avait un grand courroux d’être prise pour une sotte et de ne point avoir reçu ses deniers en échange de son rôle de Demoiselle d’accueil.
Aimable et patiente, la Princesse avait attendu un mois, envoyé moult hiboux et autres réclamations.
La clepsydre ayant laissé s’écouler le mois de délais, Petite Scheharazade décida de partir en quête de son dû enfin. Elle s’équipa pour ce périple au bout du monde de la capitale ; sourire glacial, massue à la Laura, et katana affilé.
Le donjon des vilains sieurs étant situé fort, fort loin, la Princesse dû traverser moult marais, se perdit dans des dédales souterrains, dompta plusieurs monstres de fer avant d’arriver enfin à destination. Il s’agissait maintenant d’investir la forteresse, d’atteindre la chambre au Trésor, d’arracher une petite cassette puis de s’esquiver sans trop de blessure.
L’invasion de la bastide se fit sans problème, un sourire charmeur est parfois plus efficace qu’un sabre … Après s’être fait connaître, la Princesse monta à la chambre des coffres. La dragonne décolorée et peinturlurée qui la gardait barricada la lourde porte et partit se terrer dans un coin. La fieffée gardienne ne pût toutefois point laisser porte close longtemps, Petite Scheharazade fit valoir ses droits.
Les deniers d’or sonnants et trébuchants dans son aumônière, Petite Scheharazade ressortie du donjon la tête haute, le sourire aux lèvres et le sabre à la main. Ces gougnafiers ne sont point près de revoir la Princesse !
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jeudi, 27 mars 2008
" Dance of Fate "
Une fois n’est pas coutume, ce n’est point un Gaston mais un gentilhomme que Petite Scheharazade a rencontré.
C’est un costume d’amazone et non une toilette de bal que la Princesse avait revêtu pour courir à ses emplettes et autres obligations, avant de se rendre sur les bancs du Temple du Savoir.
Ô miracle ! Le voyage se déroule sans encombre en la plaisante compagnie d’Oberon & Titania. Nul pourceau malodorant, nul libidineux bellâtre pour perturber ce moment. (Quoiqu’il en soit, l’impudent aurait tâté de la massue-de-Laura Marconi. Non mais !) Arrivée à bon port, Petite Scheharazade saute sur le quai. Il est temps de rejoindre l’échoppe ferroviaire. Ô miracle ! L’attente ne s’éternise point. Cinq à dix gouttes eurent juste le temps de s’écouler dans la clepsydre et c’est déjà le tour de Petite Scheharazade. Le visage rayonnant, la demoiselle prend place au guichet.
Il s’avère intéressante surprise que le commis est fort plaisant. La conversation, qui tend au badinage est charmante. Pour le gentil damoiseau, la Princesse ne peut être qu’une ballerine.
« Hélas non, je ne suis point petit rat de l’Opéra.
- Soit. Alors vous devez certainement être musicienne.
- Nenni. Pas plus musicienne que ballerine. (Même si jouer de la harpe ou me métamorphoser en princesse Odette m’aurait sied à merveille …).
- Oh. Sourire penaud.
- A défaut d’être harpiste ou étoile, il s’avère que je suis une naïade (oui, j’ai du sang de sirène, vous avez oublié ??). Sourire malicieux. »
L’échange se poursuit ainsi aimablement. Mais il est déjà temps de prendre congé. Sourires échangés. Puis Petite Scheharazade franchit radieuse le seuil de l’échoppe …
… Arrête de rêver il est grand temps de retrouver le Temple du Savoir.
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mardi, 18 mars 2008
Des soucis en pagaille ! (part II)
De ce ciel bizarre et livide,
Tourmenté comme ton destin,
Quels pensers dans ton âme vide
Descendent ? - Réponds, libertin.
[Baudelaire]
Dame Ire, Dame Déception & Dame Inquiétude se sont installées avec aise dans le boudoir de Petite Scheharazade. Amenant dans leur escorte, leurs malles et leurs paniers tout un apanage de frustration, de dépit et de colère. Un équipage qui éclipse toutes les jolies choses et les petits bonheurs de ces deux jours passés.
Les Suzerains gougnafiers, qui avaient employé ses services de Demoiselle d’accueil, font la sourde oreille ; les deniers promis ne sont toujours point versés alors que Petite Scheharazade a envoyé une nouvelle fois tous les manuscrits nécessaires …
La bonté est certes une vertu, mais Petite Scheharazade ne travaille point gratuitement comme potiche souriante !
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jeudi, 13 mars 2008
Merci, mais non merci.
Il était une fois une Petite Scheharazade fort pressée de se rendre au Temple du Savoir. Sa besace noire de sorcière voltigeant à son épaule, elle courait, le vent jouant malicieusement avec sa chevelure. Tudieu, pensa la demoiselle, je vais encore arriver toute échevelée ! Ma foi tant pis. Si seulement je n’avais point chaussé des talons. Vite, vite, vite, toujours plus vite, Petite Scheharazade gravit les marches qui mènent au quai. Le monstre d’acier rugit. Il est prêt à partir.
Petite Scheharazade réussit tant bien que mal à s’engouffrer à l’intérieur de la bête. Il était temps. Le ventre de la bête se referme derrière elle dans un claquement sec.
Les joues en feu, Petite Scheharazade s’effondre s’assit avec grâce sur la banquette brune. Les premières notes de Part of Your World résonnent à ses oreilles, la Princesse ouvre sa besace et délicatement en retire son exemplaire de Drame en trois actes. Le court voyage s’annonce plaisant.
Or, [et c’est là que l’élément perturbateur entre en scène sinon ce ne serait point drôle !] un mouvement vif fait soudain lever les yeux de Petite Scheharazade. Intriguée, la demoiselle voit un individu plus tout jeune gesticuler devant elle, tel un pantin désarticulé. De sa bouche grimaçante ne sort nul son. Perplexe, la Princesse perce sa bulle musicale pour tenter de comprendre les raisons de cet étrange comportement. Ô miracle ! Le sieur parle !
« Auriez-vous un stylo mademoiselle ?
- Oui, attendez voir … (la semaine dernière un mouchoir, aujourd’hui un stylo. Que va-t-il encore m’arriver ??)
- Je vous ai attendue sur le quai !
- … ? ([froncement de sourcils de la Princesse]
- Vous auriez pu me remercier au moins !
- Euh … [regard de biche traquée] (mais bigre, de quoi me parle-t-il ?) La Princesse jette un discret coup d’œil à droite et à gauche, mais hélas … aucun preux chevalier à la rescousse !
- Mais oui, je suis le conducteur du train. Je vous ai attendue tout à l’heure lorsque vous courriez. Vous auriez pu me remercier au moins !
- Ah … c’est à dire que …
- Vous auriez pu quand même me remercier !
- Merci de m’avoir attendue. Mais bon, je ne vous avez point vu, j’étais bien plus préoccupée par le départ imminent du monstre d’acier (pour me soucier de tout ce qu’il y avait autour). Merci quand même. »
Le sieur semble se radoucir. Il sourit.
- « Ce n’est pas grave dans ce cas. Voulez-vous peut-être visiter la cabine des commandes ?
- Euh … merci, mais non merci. »
Sourire éblouissant de Petite Scheharazade. Rideau.
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samedi, 01 mars 2008
Des soucis en pagaille !
Comme si cela n’avait point suffit qu’un mauvais génie fasse disparaître sa Caverne enchantée pendant quelques temps, les suzerains, qui avaient engagé Petite Scheharazade comme Demoiselle d’accueil, semblent fort réticents à lui verser ses deniers.
Petite Scheharazade avait pourtant renvoyé par hibou express tous les documents et autres manuscrits demandés, tous signés et paraphés comme il se doit. Or, le cabinet des suzerains l’a fait mander il y a quelques jours ; ces manuscrits se seraient envolés, Petite Scheharazade n’appartiendrait point à leur cabinet …
Gougnafiers ! Si vous croyez qu’une Princesse va se laisser dépouiller ainsi, c’est que vous connaissez fort mal les représailles célestes !
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samedi, 16 février 2008
Au pays des falbalas
Parce que les héroïnes de contes de fées aiment vivre moult aventures, parce que les coffres d’une Princesse doivent regorger de deniers sonnant et trébuchant et parce que l’oisiveté n’est point considérée comme une vertu ici bas, voilà pourquoi Petite Scheharazade a (enfin) découvert un emploi.
Enfin, elle pourra peut-être s’envoler vers la Grosse Pomme et au Pays du Soleil Levant.
Mais n’en déplaise à son statut princier (qui ricane ?), sa tâche s’effectue dans un univers où se déploient falbalas, dentelles, rubans, lacets, nœuds, froufrous, chichis, chou choux … voilà Petite Scheharazade propulsée dans le monde de la lingerie, sans connaissance aucune pour appâter le chaland satisfaire les clientes mais néanmoins armée de son plus beau sourire.
Et il ne suffit point de parvenir à faire acquérir toutes ces toilettes de boudoir, il faut aussi connaître les articles par leur doux nom ; l’astucieuse « mise en cintre » des effets ; la cartographie spécifique de la boutique ; les divers modèles des différentes collections ; et moult autres choses.
De la femme indécise à la jeune fille timide, en passant par le fiancé noyé dans ce labyrinthe féminin ou l’époux qui ne possède aucune once de glamour, Petite Scheharazade a l’impression d’être la spectatrice d’une comédie romantique ou bien d’un drame domestique.
Et ses aventures ne font que débuter …
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samedi, 09 février 2008
Poupée de porcelaine
« Peu de temps après, [la Reine] eut une petite fille à la peau blanche comme la neige, aux lèvres rouges comme le sang, aux yeux et aux cheveux noirs comme l'ébène. On l'appela Blanche neige. Mais la reine mourut le jour de sa naissance. »
Le visage de Madame de Pompadour avait « un ovale parfait, de beaux cheveux, plutôt châtain clair que blonds, des yeux assez grands, ornés de beaux cils, [un teint de lait] donnait à tous ses traits le plus grand éclat ».
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Autrefois, les Princesses avaient un teint de lait, ce qui rehaussait les pétales rosés de leurs lèvres, la nacre de leurs dents et l’éclat de leur chevelure. Que cette carnation soit un don de naissance ou le fruit de charmantes escapades sous une délicate ombrelle, elle était l’apanage des demoiselles de contes et en cela non décriée.
En ces jours, le teint de lait est honni et déprécié ; pour grand nombre de contemporains il est du devoir d’une demoiselle de se métamorphoser en morceau de viande pour se faire rôtir sous une lumière artificielle dans une salle de torture, ou bien de se grimer à grand renfort de peinture rouge à joue et autres artifices.
Mais Petite Scheharazade refuse de se plier à ces contraintes. Elle préfère arborer un teint de lait ; elle préfère être pâle et évanescente plutôt qu’être une poupée grimée. Aussi lorsque une harpie lui conseille, ordonne, de camoufler sa frimousse sous une couche de peinture parce qu’une demoiselle d’accueil se doit d’être ainsi, Petite Scheharazade voit son sang bouillir et il s’en est fallu de peu qu’elle ne foudroie sur place l’impudente.
Petite Scheharazade est fière de son teint de Blanche-Neige et il ne saurait en être autrement !
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