mercredi, 14 octobre 2009

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« En haut, en bas, partout, la profondeur, la grève,

Le silence, l’espace affreux et captivant…

Sur le fond de mes nuits Dieu de son doigt savant

Dessine un cauchemar multiforme et sans trêve. »

 

 

 

[Le Gouffre, Baudelaire]

 

 

 

 

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Il fut un temps fort long où la parole fut abolie ; de noires nuées obscurcissaient le firmament.

La source dans laquelle Petite Scheharazade trempait sa plume semblait tarie. Pourtant les mots formaient un tourbillon dans son esprit ; une tourmente où se mêlaient moult mots, pléthore de maux, encore et encore. Pourtant ceux-ci ne demandaient qu’à se libérer de ce joug.

 

 

Petite Scheharazade s’en fut alors un sac dans une main, un carnet et des pinceaux dans l’autre. Elle se réfugia dans un archipel ensoleillé, léché par les eaux orientales, éclaboussé par les eaux occidentales. Sur cette terre aride seulement baignée par les flots lumineux du soleil, un autre monde vivait. C’était un univers bigarré qui présentait aux yeux éblouis de la voyageuse ces chatoyantes chamarrures : les fantômes du passé –  de fringants chevaliers de Saint-Jean toisant quelques Grognards égarés, de riches Phéniciens entourés de leurs luxueuses denrées – côtoyaient les quidams du présent. A Malte, les architectures baroques  coudoyaient les perles médiévales, les reliquats antiques jouxtaient les incongruités contemporaines. Dans les terres les cactus partaient à l’assaut du ciel en dessinant d’étranges arabesques. Dans les cités, on se perdait dans les labyrinthes des ruelles pavées, ou l’on croisait un saint vengeur à la vêture surannée. Tout semblait loin, très loin lorsque l’on était sur cet immense rocher.

Petite Scheharazade baguenauda quelques temps d’île en île. Puis il fallut retourner retrouver la civilisation grisâtre qu’elle avait abandonnée.

 

 

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Plusieurs lunes s’écoulèrent. La source tarie sembla se remplir de nouveau. Même si les maux étaient toujours bien là.

 

 

 

 

 

vendredi, 27 mars 2009

"Splash !"

 

 

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« Lorsque sa tête apparut à la surface de la mer, le soleil venait de se coucher ; mais les nuages brillaient encore comme des roses et de l’or, et l’étoile du soir étincelait au milieu du ciel. L’air était doux et frais, la mer paisible. »

 

 

[La Petite Sirène, H.C Andersen]

 

 

 

 

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A travers la croisée on percevait un doux clapotis. La pluie gouttait sur le pavé miroitant. Petite Scheharazade repoussa les lourdes draperies qui ornaient la fenêtre. L’eau tombait en trombes sur le sentier de pierre.  L’astre lunaire brillait, opalescent et laiteux, telle une sorte de divinité antique veillant sous son dais étoilé.

 

 

Petite Scheharazade frémit. Dans ses veines son sang bouillonna. L’appel de l’eau se faisait ressentir à travers tout son être. Un impérieux désir de courir regagner les fonds marins, s’immerger dans les flots impétueux, ondoyer dans les flots impétueux, folâtrer avec les vagues et chahuter avec les algues s’empara de la demoiselle.

 

 

Cette envie s’accrut à la lecture des aventures d’une sirène insensée. La demoiselle sombra dans des songes éveillés peuplés de créatures marines.

Dès potron-minet Petite Scheharazade s’empara de son escarcelle céruléenne, y roula son costume de bain, ses lunettes de nageuse – qui métamorphosaient le monde en bleu lorsqu’on les mettait – et quelques deniers dorés. La voilà bientôt devant un curieux logis, sous un auvent blanc qui ondulait étrangement. Petite Scheharazade pénétra dans la bâtisse et après s’être délestée de ses deniers, elle s’isola dans une minuscule cabine blanche. Malheureusement l’air ne sentait ni le sel, ni les algues, ni le sable, mais qu’importe. Petite Scheharazade revêtit rapidement sa toilette de sirène puis enfila ses lunettes bleues. Elle se dirigea ensuite vers un endroit plus lumineux d’où un bruit confus lui parvenait ; un brouhaha mêlant clapotis et papotage.

 

 

Petite Scheharazade plongea dans l’onde opaline et s’élança vaillamment parmi les autres nageurs. L’eau fraîche apaisa ses sens tourmentés, et la damoiselle s’en donna à cœur joie. Certes ce n’était point là la même volupté que de nager dans le grand large, mais  qu’importe le plaisir de fendre l’eau chlorée était tout de même bien jouissif.

Et la perspective de croquer dans de tendres morceaux de poissons frais trempés dans de la sauce de soja pour le déjeuner,  fit naître un sourire féroce sur les lèvres de Petite Scheharazade !

 

mardi, 06 janvier 2009

"La Reine des Neiges"

 

 

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« Quelques flocons de neige tombaient au- dehors et l’un de ceux-ci, le plus grand, atterrit sur le rebord d’une des caisses de fleurs. Ce flocon grandit peu à peu et finit par devenir une dame vêtue du plus fin voile blanc fait de millions de flocons en forme d’étoiles. »

 

 

 

[La Reine des Neiges, H.C Andersen]

 

 

 

 

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C’était le matin, nul murmure ne se faisait entendre dans le logis, aucun bruissement, aucun chuchotis. Les réjouissances semblaient bel et bien terminées.

 

 

 

Les yeux encore embrumés de sommeil, Petite Scheharazade quitta sa couche confortable à regret et s’étira comme un chat. Elle ouvrit la croisée : une immense clarté illumina le boudoir. Un manteau de sucre glace recouvrait les jardins. Mille & un petits flocons de neige tourbillonnaient dans les cieux.

 

 

 

 

Plus tard, enveloppée dans sa pèlerine ébène et chaussée de ses bottines Belle-Epoque, Petite Scheharazade s’en fut dans les rues givrées. Les flocons blancs dansaient dans sa chevelure. Et la Demoiselle souriait.

 

 

 

Il y avait fort longtemps que Gaïa n’avait point revêtu son manteau de neige …

 

mardi, 19 août 2008

"La Belle au bois dormant"

 

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« Elle n'eut pas plus tôt pris le fuseau, que comme elle était fort vive, un peu étourdie, et que d'ailleurs l'Arrêt des Fées l'ordonnait ainsi, elle s'en perça la main, et tomba évanouie. »

 

 

[La Belle au bois dormant, Charles Perrault]

 

 

 

 

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Il était une fois une Princesse aux blanches mains. De longues mains pâles  destinées au dessin, à l’écriture et à la peinture, parfaites pour feuilleter les pages d’un ouvrage précieux, démêler une boucle de cheveux ou saisir une tasse de porcelaine.

 

 

 

Par un beau matin d’hiver elle était entrée dans une boutique afin d’y gagner quelques deniers.

Or, il s’avère que les colifichets et autres falbalas exposés recèlent quelques vilénies dans leurs plis.

Pour dérouter malfrats et malandrins et autres aigrefins, les Demoiselles boutiquières sont obligées de glisser sous les dentelles de petits antivols. Petits certes mais féroces : leurs hurlements sont si stridents qu’ils paralysent d’effroi le plus petit détrousseur en puissance.

 

 

 

Et voilà, à cause de ces escamoteurs de lingeries – soyez maudits jusqu’à la trente-troisième génération – Petite Scheharazade pique, pique et repique chaque article, le coiffant d’un minuscule chapeau blanc. Or plus d’une fois ces petites piqures entaillent les mains de la Princesse ; alors quelques gouttes de vermeil perlent parfois sur  ses doigts blancs.

 

 

 

 

Que Madame la gérante ne s’étonne donc point si un beau matin elle découvre Petite Scheharazade plongée dans un profond sommeil : ce ne sera point de sa faute, mais celle des malandrins.

 

lundi, 30 juin 2008

"Schrei"

 

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Petite Scheharazade est de retour dans son palais après plusieurs jours de labeur. Elle a défait ses malles et ses paniers, rangé son jupon neige, ses souliers de fée et ses rubans rose bonbon. La vie d’artiste est terminée. Mais l’heure n’est point encore venue de la conter.

 

 

Un tablier est à peine rendu qu’un second est aussitôt noué : en temps de guerre, la boutique a besoin de toutes ses Petites Mains.

Car c’est la guerre.  L’échoppe est un champ de bataille dévasté- les étagères sont chancelantes, les portants  sont bousculés - ; point de bataillons de soudards armés mais des hordes de harpies  vociférantes ; les butins se composent de soie, de dentelle et autres colifichets. Là où il y avait ordre, harmonie et beauté se trouvent désormais confusion, chaos et désordre.

 

 

« Mais c’est une révolte ?

- Non Madame. Ce sont les soldes. »

 

vendredi, 06 juin 2008

" Poor Thing "

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«  Ne vous mêlez pas des affaires des magiciens, car ils sont subtils et prompts à la colère. »

 


[Le Seigneur des anneaux, J. R. R. Tolkien]

 

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Scrogneugneu. La soirée s’annonçait belle pour une fois : point de travail à la boutique en ce vendredi soir, ce qui n’était point arrivé depuis fort longtemps. Petite Scheharazade avait tout prévu pour une soirée débauche  cocooning au creux de sa méridienne - des coussins mœlleux, une couverture toute douce, des candélabres scintillants –, la bouche ravit par du saumon fumé, des pommes, des oranges et du thé. Les prunelles hypnotisées par les danses macabres des patients du Docteur Bones, ses crânes grimaçants et ses ossements fascinants, sans oublier les fabuleuses parures et le magnifique bureau de l’héroïne.

 

 Scrogneugneu. Mais voilà. Madame la Gérante-de-la-boutique y est allée de son grain de poivre. Elle a ainsi décidé d’orchestrer un concile obligatoire réunissant toutes les demoiselles de l’échoppe. Voilà donc Petite Scheharazade conviée contrainte, en ce vendredi soir, d’aller écouter remontrances, idées ou questions dans une minuscule et étouffante réserve, tout en grignotant un morceau de pomme assise par terre.

 

Scrogneugneu. Mais où est passée la bouteille d’arsenic ??

vendredi, 23 mai 2008

" My Cloud "

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« La sorcière l'enferma dans une tour qui se dressait, sans escalier ni porte, au milieu d'une forêt ».

 

[Raiponce, Grimm]

 

 

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Non, la chevelure de la Princesse n’a point poussé démesurément.

 

 

Non, Petite Scheharazade n’a pas dérobé de raiponces dans le jardin d’une hideuse sorcière.

 

 

Non, la Princesse n’est point tombée dans un profond sommeil enchanté ou sous la coupe de quelques autres maléfices.

 

 

 Petite Scheharazade est tout simplement enfermée dans sa Tour, au milieu de ses grimoires et de ses manuscrits, avec pour compagnons ses plumes, le chuchotement des fantômes du passé et le bruissement  des toilettes royales.

 

samedi, 26 avril 2008

"Ooh de Lally !"

 

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Comme pourrait le dire une héroïne de manga : « gniiiii !!!! »

 

 

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Souvenez-vous, Petite Scheharazade avait un grand courroux d’être prise pour une sotte et de ne point avoir reçu ses deniers en échange de son rôle de Demoiselle d’accueil.

Aimable et patiente, la Princesse avait attendu un mois, envoyé moult hiboux et autres réclamations.

 

 

La clepsydre ayant laissé s’écouler le mois de délais, Petite Scheharazade décida de partir en quête de son dû enfin. Elle s’équipa pour ce périple au bout du monde de la capitale ; sourire glacial, massue à la Laura, et katana affilé.

 

 

Le donjon des vilains sieurs étant situé fort, fort loin, la Princesse dû traverser moult marais, se perdit dans des dédales souterrains, dompta plusieurs monstres de fer avant d’arriver enfin à destination. Il s’agissait maintenant d’investir la forteresse, d’atteindre la chambre au Trésor, d’arracher une petite cassette puis de s’esquiver sans trop de blessure.

 

 

L’invasion de la bastide se fit sans problème, un sourire charmeur est parfois plus efficace qu’un sabre … Après s’être fait connaître, la Princesse monta à la chambre des coffres. La dragonne décolorée et peinturlurée qui la gardait barricada la lourde porte et partit se terrer dans un coin. La fieffée gardienne ne pût toutefois point  laisser porte close longtemps, Petite Scheharazade fit valoir ses droits.

 

 

Les deniers d’or sonnants et trébuchants dans son aumônière, Petite Scheharazade ressortie du donjon la tête haute, le sourire aux lèvres et le sabre à la main. Ces gougnafiers ne sont point près de revoir la Princesse !

 

jeudi, 27 mars 2008

" Dance of Fate "

 

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Une fois n’est pas coutume, ce n’est point un Gaston mais un gentilhomme que Petite Scheharazade a rencontré.

 

C’est un costume d’amazone et non une toilette de bal que la Princesse avait revêtu pour courir à ses emplettes et autres obligations, avant de se rendre sur les bancs du Temple du Savoir.

 

Ô miracle ! Le voyage se déroule sans encombre en la plaisante compagnie d’Oberon & Titania. Nul pourceau malodorant, nul libidineux bellâtre pour perturber ce moment. (Quoiqu’il en soit, l’impudent aurait tâté de la massue-de-Laura Marconi. Non mais !) Arrivée à bon port, Petite Scheharazade saute sur le quai. Il est temps de rejoindre l’échoppe ferroviaire. Ô miracle ! L’attente ne s’éternise point. Cinq à dix gouttes eurent juste le temps de s’écouler dans la clepsydre et c’est déjà le tour de Petite Scheharazade. Le visage rayonnant, la demoiselle prend place au guichet.

 

Il s’avère intéressante surprise que le commis est fort plaisant. La conversation, qui tend au badinage est charmante. Pour le gentil damoiseau, la Princesse ne peut être qu’une ballerine.

 

« Hélas non, je ne suis point petit rat de l’Opéra.

- Soit. Alors vous devez certainement être musicienne.

- Nenni. Pas plus musicienne que ballerine. (Même si jouer de la harpe ou me métamorphoser en princesse Odette m’aurait sied à merveille …).

- Oh. Sourire penaud.

- A défaut d’être harpiste ou étoile, il s’avère que je suis une naïade (oui, j’ai du sang de sirène, vous avez oublié ??). Sourire malicieux. »

 

L’échange se poursuit ainsi aimablement. Mais il est déjà temps de prendre congé. Sourires échangés. Puis Petite Scheharazade franchit radieuse le seuil de l’échoppe …

 

Arrête de rêver il est grand temps de retrouver le Temple du Savoir.

mardi, 18 mars 2008

Des soucis en pagaille ! (part II)

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De ce ciel bizarre et livide,

Tourmenté comme ton destin,

Quels pensers dans ton âme vide

Descendent ? - Réponds, libertin.

[Baudelaire]

 

Dame Ire, Dame Déception & Dame Inquiétude se sont installées avec aise dans le boudoir de Petite Scheharazade.  Amenant dans leur escorte, leurs malles et leurs paniers tout un apanage de frustration, de dépit et de colère. Un équipage qui éclipse toutes les jolies choses et les petits bonheurs de ces deux jours passés.

Les Suzerains gougnafiers, qui avaient employé ses services de Demoiselle d’accueil, font la sourde oreille ; les deniers promis ne sont toujours point versés alors que Petite Scheharazade a envoyé une nouvelle fois tous les manuscrits nécessaires …

La bonté est certes une vertu, mais Petite Scheharazade ne travaille point gratuitement comme potiche souriante !

 

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